Interprétation de la thèse géol.
Denis BEAUFORT Géophysicien
J'ai tiré de la thèse de Marie Françoise PERRET (1971), université Paul Sabatier de Toulouse, ainsi que de mes observations personnelles, les principaux éléments permettant la synthèse structurale du massif d'Ardengost. J'ai aussi pris en compte une remarque, à priori farfelue, d'un spéléologue viticole ( !), qui m'a affirmé mordicus qu'il existait une galerie dans des pendages horizontaux. Puisque mes conclusions rendent possible une telle observation, j'autorise cette hypothèse.
Mme Perret botte en touche en ce qui concerne la synthèse structurale. C'est dommage, car ses observations sont pertinentes, sauf, peut être, sa digression sur le sexe des anges, à savoir si les brachiopodes dorment sur le ventre ou sur le dos (page 22), et surtout son affirmation que les calcaires viséens sont postérieurs aux schistes d'Arreau. Ceux-ci étant namuriens, c'est donc l'inverse. La position des calcaires, à bout touchant du Permo Trias, et dominant les flyschs du Sud, donne l'impression qu'ils occupent une position stratigraphique au toit carbonifère, alors que c'est tout l'inverse, car ils occupent la base.
Depuis longtemps cette apparence contradiction me taraude l'esprit. L'innovation procédant de l'insatisfaction, j'ai décidé de résoudre ce mystère.
Après lecture attentive de la thèse de Mme Perret, voici ma démarche et mes conclusions irrévocables (après cela, j'espère qu'on me décernera le doctorat de géologie honoris causa !).
1- La formation est antiforme (du moins dans sa position redressée par le plissement alpin), comme le montrent quelques pendages vers le Sud sur les hauteurs des bois de la Hèche ou de jézeau (page 23).
2- Son flanc septentrional et en position normale. Mme Perret semble très prudente, évoque l'éventualité d'une série inversée semblable à celle du val d'Aran (nappe de charriage, pli couché), mais donne une floppée d'arguments plus ou moins recevables, dont un au moins est probant, à savoir la présence dans les flyschs surmontant les calcaires lités du vallon d'Ardengost de séries détritiques grano-classées, avec décroissance de la taille des éléments vers le haut des couches (page 22). Elles sont de ce fait simplement inclinées vers le Nord en position normale. Ces formations grano-classées sont des turbidites ou encore des séries de Bouma, notions développées et devenues familières après 1971.
3- Les calcaires du flanc Sud de la montagne d'Areng ont bizarrement un pendage Nord de 50° (70° pour le flanc Nord). Plus bizarre encore, la série est en position inverse (page 23) ! Après cette observation oh !, combien pertinente, Mme Perret conclue ; « on ne peut retenir la simple image d'un ensemble calcaire qui dessinerait, au sein des schistes carbonifère, une simple voûte anticlinale ». Un peu court, Madame !
4- La série Sud est beaucoup moins épaisse, ou compète ou différenciée que celle du Nord. En bref, pas ressemblante.
5- La coupe stratigraphique du versant Sud de la montagne d'Areng montre à sa base des schistes à pélites calcaires. Ces pélites seraient elles le résultat de la destruction de calcaires pas encore déposés ? On comprend mieux si on retourne cette coupe.
6- Les conglomérats rouges du Permien sont en position quasi verticale, alors que les calcaires viséens septentrionaux ont un pendage de 50° à 70°. Si l'on remet à l'horizontale la surface d'érosion permienne, les calcaires viséens paraissent inclinés vers le Sud d'une trentaine de degrés, conséquence des phases sudète et varisque (au Namurien) de l'orogenèse hercynienne.. C'est plus qu'il n'en faut pour provoquer un déplacement Sud sous forme de nappes gravitaires. La grande différence de constitution des séries viséennes entre les deux flancs de la montagne d'Areng milite en faveur d'un transport important des calcaires du flanc Nord. Le mauvais raccordement stratigraphique entre les deux flancs s'explique surtout par l'absence de la partie extrados du pli, enlevé par l'érosion. Si l'on met la discordante permienne à l'horizontale, les calcaires plongent vers le Sud, avec un front de nappe en « tête plongeante », ce qui n'a rien à voir avec un antiforme (plus connu sous le vocable d'anticlinal) !
Nous voici au terme de ma présentation. Je vous ai montré par quel mécanisme les calcaires viséens se trouvent en position stratigraphique haute dans le carbonifère d'Arreau, alors qu'ils en constituent la base. Dorénavant, il faudra parler de la nappe d'Ardengost ou de Frechet. C'est une avancée scientifique au sujet d'un cas rarement mis en évidence dans les Pyrénées. Toutes les observations de Mme Perret dans son mémoire de 1971 confirment mon travail de synthèse. Je ne présente pas une hypothèse, mais la réalité.
Interprétation sédimentologique des calcaires d'Ardengost
L'hypothèse d'un bras de mer étroit et peu profond ne me convainc pas beaucoup. La présence de la fosse des flyschs d'Arreau à Vieille Aure, ou plus loin encore, immédiatement au Nord des calcaires viséens, large de 10 km au moins, me conduit au schéma classique rencontré en Aquitaine pour les calcaires dolomies jurassiques ou le faciès récifal aptien (dit Urgonien). Bien sur, dans le cas des calcaires d'Ardengost, la mer ouverte au Nord ressemble plus à une petite Manche qu'à l'océan Atlantique. Le modèle reste néanmoins valable. Il est présenté ci-dessus.
Il comporte trois zones principales :
- Une plate forme interne, protégée et aux eaux calmes, peu profonde et bien oxygénée, à subsidence faible. La zone côtière, aux eaux plus turbides, pouvait recevoir des flyschs.
- La plateforme externe, en fait une barrière récifale, servant de rempart à la plateforme interne. Dans le cas qui nous occupe, cette barrière faisait une quinzaine de km de long. L'existence de cette barrière est évoquée, sans la nommer, par Mme Perret (chapitre « principaux types de lithologie, page 40,42 »). Ce milieu, plus agité, caractérise la bordure méridionale des calcaires d'Ardengost.
- Une fosse à subsidence plus rapide, zone principale d'épandage des flyschs . Le passage carbonates/Flyschs se faisait bien avant Arreau, puisque les calcaires griottes du Dévonien supérieur ne sont pas surmontés des calcaires viséens. J'imagine mal le cas de figure ou cette absence serait due à une émersion des calcaires griottes suivie d'une brutale subsidence (on appelle cela yoyo ! ).

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